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28 janvier 2012 6 28 /01 /janvier /2012 10:42

Cher Monsieur Chouard,

Je suis depuis quelques temps votre très intéressant projet de "constitution citoyenne". J'ai parcouru le blog que vous y consacrez, et lu l'interview que vous avez accordée au blog CQFD. A ce stade, il me paraît intéressant de vous faire part de mon ressenti, convaincu que je suis qu'une contradiction courtoise et argumentée est toujours au bénéfice d'un porteur de projet motivé et intelligent.

Voilà ce qui me perturbe (car, vous l'aviez deviné, je suis perturbé) :

votre propos, si je l'ai bien compris, est entre autre de moraliser la vie politique, en en éloignant les "affreux" (avides de pouvoir, profiteurs, etc.). Et pour ce faire j'ai noté que vous envisagez de multiplier les niveaux de contrôle de l'activité des élus (qu'ils le soient par tirage au sort, ou pas) : ils doivent "rendre des comptes à la fin de leur mandat", sont en permanence sous "contrôle citoyen" et "révocables" à tout moment. En outre, les citoyens ont la possibilité de les court-circuiter via des "référendum décisionnels".

Foutre ! Ce n'est plus un parlement, c'est une maison de correction ! Pas la moindre place pour la notion de "confiance" dans ce dispositif : le parlementaire y est traité, semble-t-il, comme un criminel dont il convient de neutraliser à chaque seconde les  mauvaises pulsions. Mais comme il est parfaitement représentatif du "citoyen ordinaire" (puisque, par exemple, tiré au sort)... quelle idée devons-nous avoir du peuple dont il est issu ? Pas reluisante. Mais ce peuple, ces citoyens... ne contrôlent-ils pas le Parlement, au fait ?

Tout cela est sinistre. Je ne crois pas qu'il soit raisonnable d'envisager une quelconque forme de gouvernement respectable sans la CONFIANCE des citoyens en ceux qui y siègent.

Il faut pouvoir croire que nos élus sont vertueux. Il faut pouvoir croire que la pire punition qu'ils puissent recevoir en cas d'erreur ou de faute - est le seul fait d'avoir commis cette erreur ou cette faute - et qu'il n'est pas besoin d'en concevoir d'autre.

Ce qui est décrit dans cette constitution citoyenne, est tout le contraire du fondement d'une société morale et responsable : c'est le présupposé de l'indignité de chacun.

C'est une utopie désespérante. Utopie, parce qu'elle rêve un monde régi par la libre confrontation permanente des idées de tous, à tous propos - comme les économistes néo-classiques ont rêvé la "concurrence pure et parfaite" pour régir les marchés ; désespérante, parce qu'elle traite comme des bandits ceux qui auraient pour tâche de la concrétiser, et, par là même, l'ensemble des citoyens, dont ils seraient issus.

Quitte à rêver, je préfère imaginer une société dont les élus seraient si excellents et si vertueux, qu'aucun contrôle que l'on leur imposerait ne serait plus impitoyable que celui qu'ils s'imposeraient à eux même - et aucune punition, plus douloureuse que la conscience de leur échec, ou de leur faute.

C'est une pure utopie aussi, mais au moins elle est bandante.

(Qui contrôlerait les citoyens qui contrôleraient les parlementaires ?...)

Tout ceci se résume en une question, donc : quid de la CONFIANCE ?

Voilà cher Monsieur Chouard, mes réflexions : je vous les livre comme ma modeste contribution au passionnant débat que vous avez entrepris d'animer, avec l'espoir qu'elles intéresseront.

Au plaisir de vous lire...

Robert Willard
le 28/01/12

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Published by Robert Willard
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commentaires

Robert Willard 11/03/2012 21:26

Je ne trouvais pas cet échange "stérile" - mais tant pis.
Une dernière question (à laquelle je n'attendrai donc pas de réponse) : est-ce que finalement, votre VRAI truc, ça ne serait pas le communisme ? Etienne Chouard m'a conforté dans ce soupçon en
disant de Mélenchon qu'il était encore le candidat "le plus acceptable"...
Méditez bien.Il ne faut jamais être dupe de soi-même.

Epicure 11/03/2012 21:00

Pour gérer l'agriculture par exemple,on peut faire confiance à un collège d'ingénieurs "agro" et quelques diplômés supérieurs de différentes spécialités de comptes et gestions plutôt qu'à un Avocat
plus ou moins marron qui sait "bien causer" comme dit le peuple, et serrer assez de paluches pour se faire élire par des crétins...
Votre "prescription du Non Agir" me parait tout à fait pathologique et d'un pessimisme qui discrédite toutes vos certes pertinentes remarques que tout le monde s'est déjà faites depuis des lustres.
j'arrête donc ici la polémique stérile.

Epicure 11/03/2012 14:55

erreur syntaxique: ..
...et non pas seulement des procès aberrants......

Epicure 11/03/2012 14:50

La confiance en effet ne peut être substituée par aucun règlement autre que la Justice égale pour tous. C'est ainsi que nous échouons depuis deux siècles puisque la Justice reste un Pouvoir
Régalien et non pas un pouvoir élu par le Peuple (comme très partiellement aux USA)
Quand donc des procès et des sanctions graves en bonne et due forme à partir des constats de la Cour des Comptes et des jugements de gauche aberrants en faveur des délinquants de droit commun et
des Non Lieux à l'égard des gens du Pouvoir???
Vous non plus ne répondez à aucune question sérieuse, sérieusement!

Robert Willard 11/03/2012 18:39



Vous avez entièrement raison : je n'apporte pas de réponse, parce que je n'en ai pas. Et ce que vous proposez n'en est pas une non plus, je le crains - c'est un coup de balancier pour faire
passer d'un excès, à un autre.
Ce que vous proposez semble imaginé pour gérer des communauté de taille réduite, voire très réduites, où les citoyens peuvent s'impliquer directement et en permanence dans les affaires de la
cité. On reconnaît le modèle grec, dot Etienne Chouard ne cache pas qu'il l'influence très largement. Etienne reconnaît lui-même que cette question d'échelle n'est pas neutre du tout - et il
reste très flou quant à la possibilité d'appliquer ses idées à un pays de 60 millions d'habitants.
Pour ma part, je n'ai pas l'ombre d'un début de réponse à ce problème.
Quant à ramener tout le monde à une stricte égalité devant la justice, et à mettre la constitution hors d'atteinte des gens au pouvoir, je souscris entièrement : mais il s'agit là de réformes
plus que d'une révolution.
Pour le tirage au sort, je crois qu'il relève de l'illusion en tant que solution à quoi que ce soit. Etienne Chourd semble penser que la corruption ne touche que les candidats aux élections : on ne voit pas pourquoi elle ne toucherait pas aussi, les élus. Quelqu'un qui est
corruptible avant une élection, doit aussi pouvoir l'être après. Ce débat me semble oiseux. Et cela pose aussi l'épineux problème du choix préalable de ceux qui pourraient prétendre à ce tirage
au sort - puisqu'il faudra bien s'assurer, tout de même, qu'on ne risque pas nommer n'importe qui pour faire n'importe quoi.
Qui fera ce choix ? Qui en établira les critères ? On voit déjà les infinies possibiltés de magouilles et corruption à ce niveau...
Tout devient très compliqué à grande échelle - voilà la réalité. Et donc non, je n'ai pas de réponse...
Cordialement,
RW



Epicure 19/02/2012 11:27

Monsieur
votre critique du projet Chouard, si elle est assez pertinente, ne fait qu'avouer le Non Possumus absolu qui a poussé justement E. Chouard à chercher une issue qu'avec vous je conçois bien
impossible.
Toutefois, comme le citoyen lambda est vite arrêté et durement châtié, habituellement pour des vétilles, je ne conçois pas pourquoi la Cour des Comptes n'est jamais ni écoutée ni ses dénonciations
suivies de sanctions effectives. On imagine bien, comme citoyen, ce qui nous attendrait sans délais ni hésitations des magistrats, si Nous, nous mettions dans de telles infractions!!!
Je pense que la non-éligibilité des Constituants et la législature unique par tirage au sort(comme les Jurés) des compétents représentants et gestionnaires ainsi que la non inamovibilité des hauts
fonctionnaires, véritable caste irresponsable, me paraissent d'heureux préalables.

Robert Willard 11/03/2012 13:11



Il faut évidemment changer certaines choses - mais gare à l'excès inverse. Qui aura envie d'être "compétent représentant et gestionnaire" dans ce système construit sur la suspicion et la
surveillance permanentes, Vous ne répondez pas au problème de fond soulevé par ce principe : qui surveille les surveillants des surveillants des surveillants...? Comment évitez-vous le piège du
cercle parfaitement stérile et éminemment vicieux, du contrôle total et permanent, de tout ? Les communistes s'y sont essayés en union soviétique, peut-être devriez-vous en retirer quelque leçon.
Je maintiens que rien ne peut se faire sans confiance, à un moment ou à autre, à un niveau ou à un autre - et elle est désepérement absente de votre discours, dans lequel les futurs représentants
du pays ont tout l'air de dangereux criminels placés en QHS d'un nouveau genre. Croire au bon fonctionnement d'un tel système (c'est-à-dire générateur de mieux-être pour les citoyens) est au
moins aussi utopique que de croire en la confiance débridée en nos élus. Ma question demeurre donc : QUE FAITES-VOUS DE LA CONFIANCE ?