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12 octobre 2012 5 12 /10 /octobre /2012 15:28

Il y a les chanteurs à voix, et le penseur à cheveux.


Si vous nous lisez régulièrement, cher lecteur, et que vous conserviez malgré tout quelque estime pour BHL, vous devez lire son dernier billet paru dans Le Point.

Il y est véritablement culminant.

Il s'y présente réservé concernant l'accord convenu avec le Qatar pour investir dans nos banlieues difficiles - "mais pas parce que c'est le Qatar, non", prévient-il ("Et d'ailleurs, que ce pays arabe décide aujourd'hui d'investir dans les quartiers en difficulté [...] est même, en soi, une bonne nouvelle.")... pour passer ensuite le reste de l'article à nous expliquer en quoi c'est précisemment le Qatar qui lui pose problème.

Comprenne qui pourra cette bizarrerie de construction - mais l'article, il est vrai, n'est pas à ça près.
 
Plus fumeux que jamais, Bernard y divague, avec force et grotesque pédanterie, sur d'invraisemblables conditions de réciprocité qu'il conviendrait de faire accepter à l'émirat : en gros, il s'agirait pour nous de prendre son pognon, et "le Qatar accepte, en retour, la mise en place par la France d'un programme de coopération culturelle et politique autour des valeurs de civisme et de citoyenneté. Tu finances mes quartiers. J'ouvre, dans tes universités, des chaires d'enseignement de cette histoire et pratique de la démocratie qui est ma richesse à moi."

Tout le plausible et le réalisme d'un épisode de Cosmos 1999 - cette fabuleuse série de science-fiction des années soixante-dix où l'on nous montrait volontiers les Terriens (en combinaisons moulantes beiges) philosophant fraternellement avec des extra-terrestres (après les avoir, dans un premier temps, combattus) pétris de sagesse et bonne volonté, vêtus de tuniques immaculées,  cheveux long, dents de nacre et haleine de jasmin !

 Le plus comique, c'est que Bernard, par cette proposition délirante digne d'un commandant Koening pris de boisson, entend nous démontrer sa lucidité : il sait que le Qatar n'est pas au top en matière de démocratie et de droits de l'Homme, voyez-vous. Il en est conscient, mais, soyons lucide (donc) : il ne peut être question d'exiger "la transformation miracle du pays en une démocratie dont chacun sait qu'elle ne se construit jamais en un jour".

D'où la modération de la demande de réciprocité sus-citée, propice à l'établissement du dialogue, puis d'une chaude complicité, en préambule à une franche amitié sur fond d'humanisme triomphant.

Et comment ne pas évoquer, à lire pareilles inepties, cette vieille andouille de Chamberlain brandissant son papier au retour de Munich, et glapissant "La paix pour notre temps !" ?

(Mais Chamberlain a fini par comprendre son erreur, et à la reconnaître, même si ce fut beaucoup, beaucoup trop tard. Nous doutons que notre penseur capillaire montre jamais pareille noblesse d'âme.)

De fait, on développerait avec profit le parallèle entre la désastreuse politique d'appeasement dont Sir Neville fut le chantre, et celle aujourd'hui menée à l'égard de l'islam, "modéré"... ou pas - nous y reviendrons.

Pour en finir avec ce billet, vous aurez noté que BHL se dit conscient de ce qu'une démocratie ne se construit "jamais en un jour". On aurait tord d'y voir un appel à l'humilité devant l'Histoire, et à accepter qu'elle ait son rythme, tout lent qu'il nous paraisse -ce serait méconnaître Bernard, profondément.

Il n'est pas homme à s'incliner devant l'Histoire - il est plutôt du genre à vouloir la mâter et lui faire dire ce qu'il veut, comme il le veut, quitte à recourir à la loi. Et au rythme qu'il juge bon. Et voilà ce qu'il veut dire, donc : une démocratie se construit... au rythme que BHL a décrété convenable. 

Et quand elle tarde trop, l'intervention, évidemment, s'impose. Le temps de l'Histoire, c'est bien : celui de BHL - qui est aussi celui des mass média - c'est mieux.

Oui cher lecteur, lisez cette dernière contribution de Bernard : elle est remarquablement synthétique. Tout y est du personnage. Il en ressort d'un coup tel qu'en lui-même, d'une prétention sans bornes, d'une bêtise toujours étonnante, creux à s'en effondrer sur lui-même, écrivain aussi nul que non avenu.

Un dérisoire penseur à cheveux.

Robert Willard
12/10/2012

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Published by Robert Willard
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