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Avertissement

"Les pourritures ont la peau dure" est un roman policier - un vrai. On y rencontre des vilains vraiment méchants, des gentils, des tordus et des louftingues. De chaudes pétroleuses aussi. Des situations pas banales le moindre ! On s'y castagne, s'y assassine, y défouraille, cavale, supute, déduit, transpire et fornique. On y parle une langue salée, poivrée et parfois même chtouillée. On y retrouvera peut-être San-Antonio, mais probablement pas Maigret. Je dis ça, je dis rien ; mais autant ne pas mettre les pieds là où on n'a pas envie d'aller, pas vrai ? Sinon, bienvenue à bord. Vous allez voir : on va se marrer.


 

CHAPITRE UN

 

 

Alban palpa une nouvelle fois la liasse de billets qui gonflait la poche de son pantalon de treillis. Dix mille euros en coupures de cent : le pactole ! Avec autant à suivre, après exécution du « contrat »... et quel contrat ! Une histoire de dingue ! Un vrai scénario de film... sauf qu’il avait bel et bien les billets dans la poche, qu’il pouvait les toucher et les entendre bruisser sous ses doigts.  

Son excitation était telle qu’il ne songeait pas à fixer une destination à sa marche. Il allait nerveusement, le regard fixe et fiévreux, se remémorant à satiété la scène qu’il venait de vivre. Ce type qui l’avait abordé au comptoir du Cheval Boiteux ... La quarantaine soignée, un pardeuss cossus, pas du tout le style du troquet. Dans la première minute, Alban l’avait pris pour un bourgeois pédé recrutant pour une partouze. Sa mise proprette, son débit sucré... une façon dérangeante de se tenir et de regarder son interlocuteur, comme s’il se retenait de l’embrasser. Alban avait failli le claquer, d’entrée ; il avait horreur des pédés, et plus encore qu’on puisse supposer qu’il en était un...

Mais l’homme avait très vite abattu ses cartes. Presque sans préambule, il avait posé le marché : vingt mille euros pour Alban s’il violait une femme et le racontait ensuite par écrit. Dix mille d’avance, le reste à la remise du manuscrit. Tout simplement. C’était tellement énorme qu’Alban en avait été comme sonné. Un piège de flic ? Le type n’avait pas l’air d’un poulet, et pour ça Alban avait un flair jamais trompé. Un dingue, plutôt... Alban l’avait regardé sans répondre. L’homme soutenait son regard tranquillement, avec toujours son maintien penché, et un petit sourire très sûr. Il donnait à Alban la désagréable impression de le connaître parfaitement, de suivre ses pensées aussi facilement que s’il parlait tout haut. Il ne semblait pas louf ; plutôt pleinement conscient de ce qu’il demandait, et d’à qui il le demandait.

Alban en avait été mal à l’aise, et de nouveau il avait eu l’envie de cogner... Alors l’homme avait sorti une enveloppe de la poche de son pardessus et l’avait tendue à Alban en disant seulement : « L’avance. » Il y avait dix mille euros dans l’enveloppe, en billets de cent. Tout ce fric, ce marché ahurissant, ce type bizarre sorti de nul part, le décor glauque du rade... Alban en fut soudain électrisé, comme par l’invitation ouverte d’une fille à la baise. Le côté dingue de la chose, le défi à relever... Et puis la simple évocation du viol lui fouettait le sang. Il avait raflé l’enveloppe. L’homme avait alors dit : « Je veux le manuscrit dans quinze jours. Ecrit à la main, c’est très important. Avec un maximum de détails. D’ici-là, je t’aurai dit où et comment. », et là-dessus il était parti.

Lentement l’esprit d’Alban revint au calme. Il entra dans le premier bistrot qu’il trouva et entreprit d’y faire le point sur l’aventure. Une fois bien installé devant son demi pression, il réalisa que jusqu’ici, il n’avait pas une seconde eu l’idée d’arnaquer son commanditaire ; pourtant, il avait le fric en poche, rien ne l’empêchait de se tirer à dache sans violer personne, et de ne jamais revoir l’autre pédé... Ou même, il pouvait très bien raconter n’importe quelle connerie de viol et refiler son roman contre le solde... Ca n’aurait pas été son coup d’essai !

Mais Alban sentait que cette fois, il ne fallait pas jouer l’embrouille. Ca venait sans doute de l’impression de totale confiance en lui, de maîtrise complète de la situation, qui émanaient du type ; au point qu’il n’avait même pas eu à sous-entendre la moindre menace de représailles en cas de pastis. Tout juste, en parlant de la remise du manuscrit, avait-il laissé entendre qu’il saurait trouver Alban sans difficulté... Comme la plupart des zonards de son espèce, Alban pouvait « sentir » les hommes : et il savait qu’il n’avait pas la queue assez dure pour entuber celui-là. Et de toute façon il n’en avait pas envie. Car s’il était clair qu’il ne fallait pas chercher à le doubler, il était tout aussi évident que son client tiendrait parole et rallongerait une plaque à la livraison du manuscrit.

Histoire d’un viol... Alban avait déjà violé une fille, avec trois copains ; une connasse qui avait refusé de leur céder sa place, au cinéma. Après le film, ils l’avaient suivie, une bonne partie de l’après-midi ; jusqu’à ce qu’elle descende au parking... là ils l’avaient coincée.

Tout en buvant sa bière, Alban triquait dur à ce souvenir. Ce pied géant qu’il avait pris, putain ! Une Arabe, en plus... La salope s’était drôlement débattue, ils n’avaient pas été trop de quatre. Après ils l’avaient étranglée, parce qu’avec les Arabes il faut toujours redouter une vengeance. Les ratons ne rigolent pas avec l’honneur de leurs femmes .

Alban caressa doucement une petite cicatrice qu’il avait au coin de la bouche, séquelle d’un coup de griffe de l’Arabe. De se remémorer cette saillie, puis le meurtre, toute cette violence de caniveau, avait ramené son excitation à son paroxysme ; il demanda un autre demi, et commença de planifier le crime qu’on lui avait commandé.

                                                                            *

 

                                                           CHAPITRE DEUX

 

Quinze jours plus tard…

 

« Tiroir–Caisse », ça faisait bien deux piges que je l’avais pas revu. Un petit malfrat de quinzième zone, que j’avais serré un soir en train de tenter de braquer une tire ; il avait une bonne bouille, et moi j’étais d’humeur anar - j’ai des crises, parfois, comme ça. On a discuté un bout et je l’ai laissé calter, tellement convaincu que l’encabaner ne servirait qu’à le pourrir un peu plus, un peu plus vite. Par la suite on s’était croisé une fois ou deux, aux détours des rues de Pantruche ; on s’avait à la bonne, tranquillement.  

Donc ça faisait deux ans. Et pour ce que j’en vois aujourd’hui, putain, c’était pas la peine ! Au premier regard je pige qu’il est fané du bulbe jusqu’aux racines, l’aminche. Nazé de fond en comble, le citron plus liquéfié qu’une diarrhée attaquée au Destop !

Il est adossé au montant de son padoque, les flûtes sous trois couches de couvertures, à côté d’une assiette de hachis parmentier. L’a le teint gris malsain, façon drap sale, et il respire bancale en grimaçant, comme affligé d’un méchant point de côté.

Sa femme va à lui et remonte l’oreiller qui lui fait dossier.

- Eh ben, Bertrand, elle dit lui doucement, dis bonjour à l’inspecteur ! Tu sais qu’il est venu esprès, quand même...  

Elle s’échine pour rien, Monique ; ferait aussi bien de s’adresser à son plat de purée. Je suis pas médecin, mais même Ray Charles verrait que ses neurones ont déposé le bilan, au Tiroir. Son regard, c’est du néant de pré-Big Bang. Plus vide que le programme électoral de Le Pen !

Mais bon. J’aimerais quand même savoir pourquoi elle m’a appelé, la madame Tiroir. C’est quand même pas pour faire bouffer son hachis à monsieur !

Je capte son regard et je remplis le mien de points d’interrogation ; elle pige et me fait signe de la suivre. On quitte la chambre.

Monique nous installe au séjour. Le mobilier est à chier, la déco est à chier, la vue depuis le balcon lilliputien est à chier, mais si ça t’étonne, moi pas ! On se carre l’oignon dans le canapé (à chier par dessus tout le reste), en biais, façon séquence photos des réceptions élyséennes, cette connerie !

-Vous vous demandez pourquoi que je vous ai appelé, monsieur l’inspecteur, commence Monique en se tripotant les doigts sur ses genoux bien serrés.

-Qu’est-il arrivé à Ti... à Bertrand ? réponds-je par la bande.  

-J’en sais rien, monsieur l’inspecteur. C’est incompréhensibe ! Voilà une semaine il a commencé à se sentir bizarre, il me disait. Ca lui faisait comme si on lui aspirait le cerveau. Et tous les jours à partir de là y perdait un peu plus la boule, avec un bout de mémoire qui lui partait.

Elle revit ces moments avec des yeux effarés, Monique ; j’ai du mal à soutenir son regard, si plein de malheur incrédule :

« Au bout de trois jours que ça empirait tout le temps j’ai fait venir le docteur. Y l’a dianostiqué du surmenage, comme quoi y fallait qu’y se repose une dizaine de jours. Du surmenage, Bertrand ! Y travaillait pas deux heures de ses journées, quand y travaillait ! Et quand je dis travailler, vous me comprenez, monsieur l’inspecteur ! Surmenage mes fesses, escusez-moi !

« J’ai fait revenir un autre docteur, et çu là a trouvé que c’était de l’Arménie graisseuse ou un truc comme ça.

- De l’anémie graisseuse, sans doute ? corrigé-je diplomatiquement.  

-C’est ça. Moi j’ai dit pourquoi pas, vu que personne n’est à l’abri, n’est-ce pas ? Le docteur nous a donné des médicaments, mais y n’ont rien arrangé du tout. Bertrand a continué à baisser exactement pareil, son souvenir qui foutait le camp et ses forces avec. Voilà où il en est aujourd’hui, vous l’avez vu !

Elle se tait et, à bout, se met à sangloter silencieusement, le visage dans les mains. Moi je me sens d’autant plus con que je ne sais toujours pas pourquoi elle m’a demandé de venir ! Elle espère quoi, que je vais lui faire des passes magnétiques ? Doucement je pose ma main sur son genou :

-Monique... Qu’est-ce que vous attendez de moi ? Je peux vous indiquer des médecins sérieux mais...

Non, non, elle renifle ; enfin, oui, merci, mais c’est pas pour ça que je vous ai appelé.

« Bertrand a parfois des crises ; il se met à délirer, il répète « Mon livre, c’est mon livre » et « Il faut le dire à l’inspecteur Malette », comme ça pendant des fois une heure. Alors je m’étais dit que peut-être en vous voyant ça lui ferait un déclic... Mais non ! Je suis désolée de vous avoir dérangé pour rien. C’est que Bertrand vous aimait bien...

Elle se remet à pleurer. Je respecte son malheur quelques instant, pas longtemps, parce que j’ai sur la langue une question qui me brûle pire qu’une soupe à l’oignon précipitamment consommée, mais une bonne soupe à l’oignon, va-t-en résister, hein ?  

-De quel livre parlez-vous, Monique ? craqué-je, donc.

Les seules livres qu’il a jamais dû voir de sa vie, le Bertrand, c’est les sterlings qu’il arnaque aux touristes anglais, l’été, quand il les promène dans Pantruche. Alors qu’il pique des crises en délirant à propos d’un bouquin, ça me laisse drôlement songeur ! D’autant que, t’as entendu Monique : je suis concerné !

-Mmmh ? De quel livre donc ? bissé-je en lui tapotant la main avec chaleur et compassion ainsi que j’ai vu faire Omar Sharif dans « Si tu n’en veux pas n’en dégoûte pas les autres », film phare des années soixante-trois, tu te souviens ? Elle renifle et hoquette, et enfin libère cette réponse ô combien stupétafinante :  

-Y cause probab’ment du livre qu’il a écrit.

Et frouut, elle se mouche derechef. Bertrand a écrit un livre ! ! ! ! ! ! Elle se paie ma tronche ou quoi, Monique ?  

-Bertrand a écrit un livre ? ? ? ? ? ? ? ? ? ? couiné-je, et de surprise je lui broie un tantinet la main, qu’elle me retire prestement pour le coup ; je ne m’excuse pas, trop en attente de sa confirmation. Et puis elle n’a qu’à avoir la paluche moins molle, merde !  

-
Ben oui.

C’est tout ce qu’elle me répond, n’ayant pas apprécié mon viril malaxage. L’air rechigneur, maintenant. Mais qu’est-ce qu’elle croit, que je vais me contenter de ce pet de lapin ? Bertrand qui pond un book, ah ! ma drôlesse, mais va falloir me développer le sujet, respect de ton malheur ou pas ! M’en tartiner épais comme ça, et sur les deux tranches s’il te plait !  

-Vous pouvez m’expliquer ? insisté-je avec une autorité qui eût fait mettre au garde-à-vous un régiment de gestapistes devant un vieux clodo juif.  

Mais point tant n’était besoin pour dompter les réticences de mon interlocutrice.  

-Eh ben... , commence-t-elle.

« Un soir y’a un mois de ça, il est rentré tout excité comme un pou. « Choupine », il me dit - Choupine c’est mon p’tit nom à nous - Choupine, j’ai gagné le gros lot ! » Et il a sorti une liasse de billets, y’a que dans les films américains que j’en avais jamais vu autant ! « Et comment que t’as eu c’t’argent ? », je lui ai demandé, parce que Bertrand vous le connaissez, m’sieur l’inspecteur, faut toujours craind’ qu’il se fasse embobiner dans des affaires pas cathodiques. Il a un bon fond, mais il est trop naïf, ça lui joue des tours.  

-Un vrai premier communiant ! ricané-je. Comme vous dites, je le connais...  

Monique renfrogne un peu de ma rembarrade, mais vu comme elle démarrait, dans cinq minutes elle me racontait que le pape vient régulièrement taper le carton avec son Bertrand, entre deux voyages !

« Et donc, ce paquet de fric ?

-Eh ben... , elle reprend, refroidie.

« Donc j’y demande d’où c’est qu’il sort cet argent, et c’est là qu’y m’a dit qu’un type lui avait proposé vingt mille euros pour qu’y raconte ses souvenirs dans un bouquin. Dix mille d’avance et le reste à la livraison. Je vous dirais franchement que sur le coup, j’ai crû qu’il me charriait...  

J’éberlue tellement que ça lui en coupe la chique, la petite mère ; elle me regarde, vaguement inquiète, se demande si je vais pas lui décoller une baffe pour lui apprendre à se foutre de ma gueule. Mais que non ! Vingt mille balles pour les mémoires de Bertrand Lamouise, je veux connaître la fin d’une fable pareille !

-Continuez, Monique, continuez ! l’imploré-je. Qui est ce « type », quels sont ces souvenirs qui sifflent sur nos têtes ?

Monique module un petit pet de bouche annonciateur d’ignorance :  

-Le type, je l’ai jamais vu. Tout ce que je sais, c’est que Bertrand l’a fait connaissance au « Crabe aux Pinces d’Or », un bar qui fait billard, dans le treizième. Pour les souvenirs, y’ fallait qu’il raconte sa période pendant qu’il a été mercenaire chez Bob Denard, en Afrique...  

-Qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Bertrand a été mercenaire ? glafouillé-je.

-Eh ben oui, chez Bob Denard, l’année dernière. Mais il est resté que deux mois, y’ trouvait que les autres de l’équipe étaient trop dingues pour lui, et surtout que Bob Denard était vraiment trop casse-couilles, escusez-moi le terme monsieur l’inspecteur.  

« Tenez, on a même des photos, je vais vous les montrer.  

Monique va farfouiller brièvement dans la chambre et revient ; me tend un petit album photo comme on en trouve à trois balles dans tous les Prisunic du monde. Je l’ouvre avidement. Oui, elle me bourrait pas le mou, Monique ! Bertrand est bien là, sur ces photos, en treillis et sulfateuse en bandoulière sur fond de paysage africain. Souriant, jeune et l’air plus con que méchant malgré son harnachement. On le voit encore au volant d’une jeep, épluchant des patates, graissant son flingue ; il a même été flashé par surprise en train de chier derrière un bananier nain. Y’en a comme ça sur dix pages. Le clou de la série, c’est une photo de groupe, façon équipe de foot : à la place du capitaine, y’a ce vieux Bobby. Une sacrée brochette de gueules de tarés, je peux te dire ! Comme disait ma grand-mère, on serait pas allé leur demander du sucre ! Le genre à te cloquer une grenade dégoupillée dans le slip pour rigoler ; m’étonne pas que Bertrand ait fondu les plombs parmi ces briscards-là. Lui dans ce milieu, c’est le Petit Prince en maison de redressement, c’est pas peu dire !

Bon, ce nave de Bertrand a donc bel bien été mercenaire. Ca me trou un peu l’oignon, mais reste l’invraisemblable de l’invraisemblable : cette affaire de bouquin, ce mystérieux, ô combien !, mécène du Crabe aux Pinces d’Or.

-Et alors, Bertrand a écrit ses souvenirs ? demandé-je en reposant l’album.  

-Ben oui. C’est comme ça que j’ai compris qu’il ne m’avait pas raconté de bobards. Pour qu’il se mette à écrire, vous pensez, fallait qu’y soye motivé ! Y n’avait pas touché un crayon depuis l’école primaire.  

« On l’a fait ensemble, le soir après mon travail. Je l’aidais à tourner ses phrases, et pour l’orthographe, je regardais dans le dissonnaire qu’on a acheté esprès pour. Une drôle de corvée, je vous dis pas ! C’est que je sus pas douée spécialement pour les lettres, comme on dit, alors tous les trois mots fallait que je cherche. Heureusement que c’était pour vingt mille balles !

-Et... Je peux voir le manuscrit ? demandé-je en tremblant, habité malgré moi d’un fol espoir. Les mémoires de Bertrand, merde ! Je donnerais peut-être pas deux cent sacs pour les lire, mais je serais bien prêt à verger sa femme ! Et pourtant Monique, c’est pas Ursula Andress dans « Docteur No », ohla no ! Pour te situer, elle bosse à la poissonnerie du marché couvert d’Asnières - et ne me dis pas que ça ne veux rien dire, hypocrite, tu ne le penserais pas. Mais pour lire le manuscrit, parole d’homme que je la chevauche là, sur le tapis d’Orient made in Taiwan du séjour !

Las ! La réponse redoutée tombe de la molle bouche de ma vis-à-vis :  

-Ah ! Ben... Non ! C’est que voilà huit jours qu’on l’a fini, et Bertrand l’a tout de sute remis à son type. Et vous me croirez si vous voulez, mais le gars lui a bien remis encore dix mille balles !

« C’est quand même incroyable, quand on y pense ! Vous ne trouvez pas, monsieur l’inspecteur ?

Tu parles, Charles ! Mais il se passe tellement de trucs « incroyables », tous les jours, partout…Ces types qui massacrent leur famille à coups de flingues, voire de marteau, avant de s’infuser le potage ! Les parents, la femme, les gosses de pas huit ans, jusqu’au chien... C’est croyable, ça ? Et les pédophiles, qui partouzent des gosses ( leurs gosses !) en bandes organisées avec apéritif et reportage vidéo ? Croyable, dis-moi ? Et des horreurs de ce tonneau t’en as à la pelle carrée, à plus savoir laquelle annoncer aux infos. Alors qu’un foldingue pleins aux as offre deux patates à Bertrand pour ses mémoires africaines, bon, pourquoi pas ? Si tous les fêlés étaient aussi dangereux, l’air de la planète puerait vachement moins, moi je dis !

-Bah ! réponds-je en me levant, parce qu’elle est gentille, Monique, mais j’ai quand même pas que ça à foutre.

"
Vous êtes tombés sur un original friqué qui s’est fait un petit caprice. Notez, peut-être qu’il va faire publier le bouquin et s’en foutre plein les poches, dix fois ce qu’il vous a laissé. Tout est possible ! Mais ce que je ne comprends pas, c’est pourquoi Bertrand m’associe à ce livre dans ses crises. De quoi diable voudrait-il qu’on me « prévienne ? »  

Evidemment elle y pige ballepeau non plus, Monique.  

-Vous savez, elle me dit avec une petite moue fataliste, c’est des trucs qu’il dit en délirant. Ca ne veut sûrement pas dire grand’ chose.  

Bien sûr... Mais l’expérience m’a appris que ces divagations pouvaient s’avérer par la suite beaucoup plus sensées qu’il n’y paraissait de prime abord, et tant pis si cette phrase est trop longue. Nous verrons...  

- Pour ce qui concerne la santé de Bertrand, ajouté-je, je crains de ne pouvoir y faire grand’chose. Si ce n’est vous conseiller de voir des spécialistes un peu plus pointus que des toubibs de quartier : vous les paierez plus cher, mais vous avez les moyens ! Cela dit, n’hésitez pas à m’appeler si vous en éprouvez le besoin : vous savez, moins aussi j’aime bien Bertrand.

-Merci. Vous êtes gentil... Au revoir, monsieur l’inspecteur.

 
Dehors, le soleil arrose pleins feux. Je roule peinard pour rejoindre la Grande Volière, vitre baissée, bras pendant le long de la portière. Il fait bon, les filles commencent à se fringuer léger…Par effet de contraste je repense à Bertrand, dont le futur immédiat me semble pour le moins cacateux. Et je me dis que la vie, mon vieux, elle te réserve de ces tours de pute ! Un jour pétant de santé, haleine fraîche et bite d’airain ; le lendemain flasque comme une vieille laitue et le cerveau en pâtée pour chat.

Faut se grouiller de profiter tant que ça gaze, rappelle-toi toujours bien ça !

                                                          A suivre

 

 

 

 

 

 


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