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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 12:29

Vous l'avez compris cher lecteur, nous allons vous parler du désormais fameux "triple A".

Du fait que nous venons de le perdre, plus exactement - et de l'actualité tournant autour de cet événement.

Rappelons brièvement de quoi il retourne. Les Etats ont besoin de pognon pour financer leurs investissements (et, hélàs, leur budget aussi, pour beaucoup). Ce flouze, ils doivent l'emprunter sur les marchés financiers en émettant des titres de dette assortis d'un certain taux d'intérêt. Plus l'économie du pays emprunteur est réputée pourrie, plus les taux d'intérêts qu'il doit garantir sont élevés pour compenser le risque couru par les prêteurs (ceux qui ont souscrit à de la dette grecque ont une idée désormais très concrète de la réalité de ce risque).

L'état de fraîcheur des économies nationales est noté, sous sa forme la plus médiatisée, de "triple A" pour les plus belles, à "D" pour celles en état de décomposition avancée - en passant par diverses combinaisons alphabétiques des lettres A,B,C représentant autant d'états intérmédiaires.

Cette note est attribuée par des agences de notation privées et indépendantes, dont les trois plus célèbres sont Standard and Poors, Moody's (américaines) et Fitch (française).

S&P, seule sur les trois agences, vient de nous dégommer un "A" : ça suffit pour que nous ne soyons plus classé "triple A".

Ce que Sarkozy nous décrivait comme une forme d'apocalypse, souvenez-vous. Un cataclysme absolu, dont la prévention devait justifier augmentations d'impôts, coupes budgétaires et autres mesures d'austérité drastiques - "sueur, sang et larmes" de notre temps.

Et donc, que s'est-il passé concrètement ?

Rien de très clair, cher lecteur.

L'euro a chuté, puis remonté. La France et l'Espagne (dégradée elle aussi) ont levé sans aucun problème (hier et aujourd'hui) les emprunts dont elles avaient besoin sur les marchés, à des taux inférieurs à ce qu'ils étaient avant dégradation.

Pas l'ombre d'un début de vent de panique.

Vous en êtes étonné ? Il ne faut pas. C'est que la chose était largement anticipée, depuis belle lurette, par les acteurs financiers. Voilà plus d'un an que les grands fonds d'investissement n'achètent plus de dette en Europe, autre qu'allemande. L'écart de taux d'intérêts (spread) entre France et Allemagne intégre depuis des mois la perte d'un "A". Nous avons publié dans ce blog un très instructif graphique montrant en quelle estime la dette française était tenu par les marchés, bien avant que ne soit seulement mentionnée une quelconque intention de dégradation.

Sarkozy est comparable à un charlatan qui vendrait  à prix d'or des vaccins à des naïfs déjà atteints du virus dont il prétendrait les protéger - en leur prédisant les pires souffrances sinon. Il ne se passe rien, cher lecteur, parce que tout s'est déjà passé.

En vérité c'est encore pire que cela, puisque non seulement Sarkozy nous vend son remède trop tard, mais en plus, ce n'est pas le bon !

Nous n'inventons rien, hélàs. Notre président, vous ne l'avez pas oublié, entendait prendre des mesures de réduction des déficits publics, ceux-ci étant présentés comme LA cause de dégradation dont il fallait se prémunir, parce que sinon, les taux d'intérêts blabla, la charge de la dette blablablablabla...

Or l'explication avancée par S&P pour sa dégradation ne mentionne pas du tout prioritairement le déficit public. Au contraire, il y est reproché aux gouvernements des nations dégradées de s'être trop focalisés sur les questions de déficits, et pas assez sur celles de la compétitivité, et de la souplesse du marché du travail !

C'est à se tordre... Enfin, se sera à se tordre dans dix ans, lorsque les choses auront repris un cours normal : pour l'instant, c'est surtout à chier, et à en chier des ronds de frites.

Robert Willard
le 17/01/12

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Published by Robert Willard - dans Actualité divers
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