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13 décembre 2011 2 13 /12 /décembre /2011 20:45

Bonsoir cher lecteur,

Nous redoutions dans une précédente chronique l'avènement d'un FME, version européenne du FMI, mais ce n'est pas pour tout de suite. Pour parer aux éventuelles défaillances de membres de la zone euro, les crânes d'oeuf de Bruxelles ont trouvé un montage beaucoup plus... disons, différenciant. Quelque chose qui porte la marque européenne, d'immédiatement identifiable - griffé, voilà le mot : un montage griffé Zone Euro.

Il s'agit du déjà fameux MES (Mécanisme Européen de Stabilité). Le MES n'est pas le MESF (Mécanisme Européen de Stabilité Financière), ni le FESF(Fonds Européen de Stabilité Financière) : il en est, en quelque sorte, la fusion (pour plus de détails, reportez-vous à ce très bon article de l'Observatoire de l'Europe).

Oui, cher lecteur, vous l'avez noté : la stabilité est à la mode à Bruxelles. Elle est aux concepteurs des Fonds, Mécanisme et autres bazars financiers zoneuropéens, ce que la "fraîcheur" est aux fabriquants de déodorants. Et tout comme ces produits à base d'anti transpirant dangereux pour la peau, le MES contient un agent hautement toxique pour les économies auxquelles il sera appliqué : le FMI.

Car le FMI est désormais officiellement considéré comme l'expert, avec pouvoirs codécisionnaires, dont il faudra suivre les conseils dans le processus d'application du MES : acceptation ou refus des candidatures, définition des contreparties économiques à mettre en oeuvre par les candidats.

Voilà qui est dans l'ordre des choses, car le FMI est le frère en dogmatisme de l'institution européenne. Et ce n'est pas nous qui le disons, mais le propre Bureau Indépendant d'Evaluation du FMI, dans un rapport publié au beau milieu de l'affaire touchant... Stauss-Kahn (!), et passé totalement inaperçu : « Recherche institutionnellement orientée », « biais idéologiques », « autocensure », « conclusions préconçues », « faible diversité d’approches théoriques et, plus encore, empiriques », « étroitesse de vues », « cadre analytique inapproprié aux réalités des pays étudiés », « incapacité répétée à citer des travaux de chercheurs locaux », sont quelques-unes des conclusions des rapporteurs - manifestement très indépendants en effet (on pourra lire ceci sur le sujet).

Le prix Nobel d'économie Joseph Stiglitz n'est pas plus tendre dans son livre La grande désilusion, où il nous est expliqué comment, et pourquoi, l'action du FMI est le plus souvent néfaste pour les pays sollicitant son concours. Nous vous recommandons vivement de lire ce bouquin.

On pourra dire, avec Stiglitz, que le FMI n'agit pas ainsi par bêtise, mais pour l'intérêt  bien compris d'agents n'ayant rien à voir avec les pays supposés "aidés" - et que son apparent dogmatisme dissimule en réalité le plus cynique pragmatisme : le résultat sera le même.

Et la place occupée par cette dernière institution dans les statuts du MES ne doit laisser aucun doute quant à ce qui arrivera aux nations défaillantes : elles auront droit au remède du FMI, cet élixir de charlatan dont la seule et unique vertu est d'enrichir son prescripteur - au très grand détriment de la santé du patient.

L'Irlande et la Grèce sont déjà sous les redoutables effets de cette potion frelatée. Mais l'Islande, qui l'avait largement recrachée, est en passe de se rétablir à une vitesse qui laisse pantois jusqu'au FMI lui-même (l'Islande a refusé, contrairement aux prescriptions européano-éfémiesques, de renflouer ses banques aux frais du contribuable, et les a laisser faire faillite en 2008).

Aucun doute non plus quant à l'estime en laquelle Bruxelles tient le principe démocratique, pour abandonner de telles prérogatives à une institution complètement étrangère à l'Europe, et plus encore à la Zone Euro, et totalement dénuée de la moindre représentation populaire, même très indirecte, à quelque niveau que ce soit. (Les courageux trouveront ici un topo sur la question.)

Oui, décidemment, nous avons là une "vraie avancée européenne".

Et pendant ce temps-là, notre Président de la République reçoit à l'Elysée l'équipe du film des Intouchables.

C'est pas du Grand Cirque, ça ?

Robert Willard
le 14/12/11

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Published by Robert Willard - dans Europe
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