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6 décembre 2011 2 06 /12 /décembre /2011 13:54
Il pleut dehors, cher lecteur.  Le ciel est uniformément gris. Sur la terrasse, un vent froid tourbillonnant disperse consciencieusement les feuilles  tombées du platane que nous avions regroupées hier.  Il va bientôt faire nuit. L’univers semble mettre un point d’honneur à être le plus triste et rébarbatif possible. Que nous importe ? Nous sommes confortablement installé à notre bureau,  dans notre chambre joliment arrangée et bien chauffée, fraîchement repu d’un bon goûter. Nous écrivons sur un sujet qui nous passionne. Notre famille va bien, nous l’aimons et elle nous aime. En cette seconde précise, nous avons tout ce dont nous avons besoin. Nous sommes bien.

Les conditions idéales pour parler de notre dette publique.

Où en étions-nous ?

En 1973 Pompidou et son comparse Giscard ont décidé que l’Etat emprunterait l’argent dont il a besoin sur les marchés financiers : refinancement  auprès de la Banque de France verbotten ! Une décision qui programme une grosse partie du futur endettement de l’Etat en le privant, d’après le prix Nobel de sciences économiques Maurice Allais, « d’un pouvoir d’achat annuel représentant environ 5,2% du revenu national » (La Réforme Monétaire, 1976).

A la question « pourquoi ? », Giscard a répondu qu’il s’agissait par là d’empêcher l’inflation par création monétaire et « de  constituer un véritable marché des titres à court, moyen et long terme, qu'il soit émis par une entité privée ou publique. » … Réponse qui fait peu de cas du fait que les banques (souscrivant aux dettes d’Etat) ne prêtent pas du cash, mais de l’argent crée à 80% (au bas mot), prenant par là le relais de l’Etat en terme de génération éventuelle d’inflation.

Nous en étions là.

Revenons sur cette réponse, si vous le voulez bien, cher lecteur.

Pourquoi  VGE ne dit-il pas tout simplement (faisant l’économie d’un mensonge grossier)  que le marché est mieux à même de gérer la création monétaire que les Etats ? Ceux-ci finissant toujours par utiliser la « planche à billets » à des fins politiciennes – donc pour de mauvaises raisons ? Le marché, lui, étant par nature autorégulé,  donc non susceptible de dérapages préjudiciables ?

Eh bien… Une telle déclaration reviendrait à traiter les chefs d’Etats et leurs gouvernements de crétins irresponsables et  démagogues, foncièrement incapables d’instaurer rigueur et discipline dans la gestion des finances nationales. Certains esprits mal intentionnés pourraient  y voir comme une sérieuse critique du principe démocratique,  et y déceler des relents d’ultralibéralisme financier – que notre Valéry est moins que jamais disposé à assumer en ces temps d’incurie financière manifeste.

Il s’agit pourtant bien de ça.

Oubliez cette histoire d’inflation, elle n’est que poudre lancée aux yeux des gogos. Le mot important à retenir, la clé de voûte de la pensée pompido-giscardienne, la seule vraie raison de la loi de 1973 - c’est le « marché ».

Pour bien cerner à quel degré ces funestes duettistes entendaient promouvoir l’avènement du Marché Universel,  et avec quel zèle débridé, nous vous proposons deux vidéos proprement stupéfiantes :  la première est ni plus ni moins que la profession de foi libérale de Pompidou, dans laquelle il nous dit, sans aucune précaution oratoire , que le protectionnisme a vécu et que les temps sont venus, enfin,  de la concurrence totale et permanente qui va remettre les paresseux (endormis à l’abri d’obsolètes barrières douanières) au boulot.

Planquez vos abattis tas de fainéants, M. Le Marché débarque !

On ne peut être plus clair, ni plus cynique : mais Pompidou ne fut pas pour rien l’un des principaux lieutenants de la dynastie Rotschild , référence absolue en matière de brutalité financière[1].

La seconde vidéo  est tellement incroyable, qu’on serait tenté d’y voir un de ces montages postsynchronisés très appréciés des imitateurs. On y voit Francis Bouygues, l’entrepreneur de travaux publics, vanter les mérites des travailleurs immigrés composant quatre-vingt pour cent des ouvriers qu’il emploie - dans un style que n’eût certainement pas renié un négrier faisant l’article sur un marché aux esclaves. (Il ne manque plus à ses côtés qu’un Marocain en tenue de chantier, dont il tâterait flatteusement les biceps et nous exhiberait la dentition impeccable.) Mais les belles qualités naturelles de courage et d’endurance de l’Immigré, poursuit Francis, sont fâcheusement bridées par l’état dépressif auquel il est plus ou moins sujet, du fait de la séparation d’avec sa famille restée au pays. Il en résulte une baisse d’efficacité évidemment préjudiciable à sa rentabilité, et donc aux bénéfices de son employeur. C’est pourquoi, en conclusion, Francis préconise de procéder sans tarder au regroupement familial, en vertu de cette équation imparable : un immigré heureux est un immigré rentable (Francis ne dit pas tout à fait les choses ainsi : son unique soucis, dit-il, est de favoriser l’ « intégration » de ces « gens-là »).

Quel rapport avec notre sujet, nous direz-vous, ô lecteur jamais nord ne perdant ? Nous sommes toujours dans une problématique de marché : il s’agit ici du marché de la main d’œuvre. L’Immigré est moins cher que l’ouvrier domestique ? Faisons venir l’immigré. Il a besoin de sa famille pour être pleinement performant ? Faisons venir sa famille. Concurrence, baisse des coûts, optimisation des rendements : on ne peut être plus en phase avec l’idéal pompidolien sus-exprimé.

Et qui exaucera les vœux de ce cher Francis ? Giscard, en 1975, alors Président en exercice et attelé à construire la « société libérale avancée (sic) » de ses rêves. Le pays en paiera le prix fort (ce n’était pas très difficile à deviner : De Gaulle l’avait fait quinze ans avant[2]) - mais M. Le Marché aura eu gain de cause.

Giscard, qui déjà en 1972 lorsqu'il tricotte le Serpent Monétaire Européen avec nos partenaires de la CEE, ne rêve que d'un Grand Marché Intégré au sein d'une Europe Fédérale.

Pompidou, Giscard : deux hommes de marché, donc. Nous devrions  même dire deux hommes du Marché. Des porte-flingues.

Et nous revoilà à notre question : "pour qui ?".

Pour qui nos deux pistoleros, armés de la Loi Pompidou-Giscard-Rotschild 1973, ont-ils dépossédé l'Etat de son droit régalien à battre monnaie ?

Vous l'avez compris cher lecteur : pour M. Le Marché.

Et... Pourquoi ?

Pour la dette publique bien sûr. La dette publique qui, par ce coup de maître, à moins de taux de croissance économique parfaitement inatteignables, se trouve condamnée à croître indéfiniment en se nourrissant d'elle-même.

La dette publique qui représente un marché annuel, uniquement pour notre pays, de 50 milliards d'euros - nous parlons ici des seuls intérêts - plus du double de ce qu'ont gagné ensemble en 2010 les cinq premières banques françaises (21 milliards d'euros).

A l'échelle mondiale, il nous faut parler de plus de 1200 milliards d'euros d'intérêts de La Dette- toujours annuellement.

A comparé aux bénéfices cumulés des plus grosses banques de la planète en 2010 : 150 milliards d'euros environ.

La dette publique, cher lecteur, La Dette, est plus qu'un marché colossal : c'est LE marché. Aucun autre ne peut rivaliser. C'est le marché de l'argent pur. Où l'argent est crée ex-nihilo pour s'acheter lui même. Où les Etats ruinés viennent vendre leur âme.

Si M. Le Marché peut être vu comme constitué de tous les marchés, celui de La Dette est son coeur battant.

Robert Willard
le 06/12/11

[1] Lire à ce propos « Les secrets de la réserve fédérale », Eustace Mullins.
[2]« C'est très bien qu'il y ait des Français jaunes, des Français noirs, des Français bruns. Ils montrent que la France est ouverte à toutes les races et qu'elle a une vocation universelle. Mais à condition qu'ils restent une petite minorité. Sinon la France ne serait plus la France. Nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine, et de religion chrétienne […] Vous croyez que le corps français peut absorber dix millions de musulmans, qui demain seront peut-être vingt millions et après-demain quarante ? Si nous faisions l'intégration, si tous les Arabes et les Berbères d'Algérie étaient considérés comme Français, comment les empêcherait-on de venir s'installer en métropole alors que le niveau de vie y est tellement plus élevé ? Mon village ne s'appellerait plus Colombey-les-Deux-Églises, mais Colombey-les-Deux-Mosquées !» (De Gaulle)
 

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Published by Robert Willard - dans La Dette
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