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24 novembre 2011 4 24 /11 /novembre /2011 14:36

Bonsoir cher lecteur,

Dave sort un nouvel album, avons nous appris. Le clip promotionnel nous le montre se déhanchant juvénilement, svelte et souriant, sur l'air de son tube phare "Vanina".

En fait, l'album entier n'est qu'une reprise de ses anciens succès, vaguement revisités, et prétextes à d'improbables duo avec d'autres vieilles gloires de la variété. Même Daniel Auteuil y va de ses vocalises - sans autre qualification, pour ce que nous avons entendu, que celle d'"ami de toujours".

Quant à Dave lui-même, une interview accompagnant le clip nous l'a montré certes toujours souriant, mais le plan rapproché trahissait des traits flasques et une peau tombante qui n'avaient plus rien de juvéniles.

Il ne s'agit pas du nouvel album d'un artiste à la jeunesse éternelle. C'est juste une compilation de vieux titres repris par un vieux monsieur sans inspiration.

C'est une imposture.

Quel rapport avec la dette ? nous demanderez-vous.

Eh bien, la dette aussi est une imposture – du moins, ce que l’on nous en dit.

Le flou est savamment entretenu à son sujet. La question est si complexe, comprenez-vous… Il est difficile d’en donner une explication simple et claire… à nous autres pauvres trous-du-cul de contribuables lambda.

Alors voilà, grosso-modo, ce que nous sommes censés comprendre : les Etats dépensent trop, pour le bien-être de leurs populations, et rentrent trop peu de recettes fiscales (c’est le déficit budgétaire). Et ça dure depuis des années. Aujourd’hui la dette ainsi accumulée n’est plus supportable : finita la fiesta ! Rigueur, restriction, austérité, plus d’impôts et moins de service – nous ne pouvons y couper pour résorber La Dette (en allemand : Verschuld).

Rien à redire à ça, semble-t-il. Pur bon sens. Légitime soucis d’assainissement de nos finances, pour garantir l’avenir de nos enfants. Et comme notre Sarkozy national s’y entend bien pour nous conter cette fable, la mine grave et les mains jointes en solennelle séance de communication élyséenne.

Car c’est une fable, cher lecteur. Du pipeau ! De la flûte – et même pas de pan ! De la méchante flûte de plastique pour collégiens et cacophonique cours de musique !

La Dette d’aujourd’hui a autant à voir avec la gabegie des Etats, que le dernier album de Dave avec une nouveauté musicale.

« Comment cela ? » demanderez-vous, suspicieux, cerveau encore embrumé par le discours officialo-grandmédiatique. « Tout de même, Sarkozy nous l’a bien dit, redit et répété… Le président de la République ! Et Elie Cohen ? Un économiste du CNRS ! Avec une coupe de cheveux pareille ! Il mentirait ? Et même Jacques Attali… Hein ? Attali ! L’homme qui sait tout sur tout ! Il se planterait ? »

Oubliez ces balivernes. Reprenez vos esprits. Regardez-nous dans les yeux et écoutez bien : Dave n’a pas vingt-cinq ans ; il ne sort pas de nouvel album. Et on vous ment à propos de la Dette.

Vous allez comprendre. Car contrairement à ce que l’on veut vous faire croire, c’es très simple.

Tous les ans le gouvernement vote un budget pour l’année à venir – c’est-à-dire la quantité d’argent public qui sera  dépensé. Grosso modo, tous les ans ce budget est déficitaire, c’est-à-dire supérieur aux rentrées d’argent attendues (fiscales et autres) ; peu ou prou, ce déficit est dimensionné pour être comblé par le surplus de recettes de l’année suivante, apporté par la fameuse croissance. Puis on repart pour un tour.

Le système n’est pas très sain cas il repose entièrement sur la réalité de la croissance : si elle est là, et au niveau anticipé, alors le déficit budgétaire est comblé d’un an sur l’autre, et il n’y a pas accumulation de la dette. Celle-ci reste à peu près constante, à une hauteur marginale relativement au PIB. Elle n’est pas un problème – à condition qu' elle ne génère pas d’intérêts.

(Evidemment il y a problème si la croissance à venir est surestimée : mais grosso modo, les surestimations sont compensées par les ous-estimations, cet aspect de la question est donc quasi transparent. )

Restez concentré, cher lecteur, car là est la clé de l’affaire : tant que la dette susmentionnée ne donne pas lieu à paiement d’intérêts (et que la croissance est correctement estimée, ce que nous pouvons admettre, donc), elle reste stable. Si intérêts il y a, ils rompent l’équilibre et viennent gonfler la dette d’un an sur l’autre, de manière exponentielle (il y a d’abord les intérêts, puis l’année suivante les intérêts à payer sur les intérêts, puis les intérêts sur les intérêts des intérêts, etc.).

Or jusqu’en 1973, cette dette due au déficit budgétaire était financée par la Banque de France, qui prêtait à l’Etat : autrement dit l’Etat se prêtait à lui-même, par création monétaire, sans intérêts évidemment. La dette restait stable.

Tout baignait donc jusqu’au jour funeste de 1973 où le tandem Pompidou (ex-directeur de la banque Rotschild France) – Giscard (son ministre des Finances) a décidé d’interdire à l’Etat d’emprunter auprès de la Banque de France, et de le contraindre à passer par le truchement des marchés financiers : à partir de ce jour, la dette était financée par les marchés (les banques), moyennant, cette fois, intérêts.

Dès lors, la dette publique ne cessa d’augmenter :

Aujourd’hui, les 1500 milliards d’euros de notre dette publique correspondent, à quelques pourcents près, à la somme des intérêts versés depuis 1973.

Vous saisissez, cher lecteur ? Si nous étions restés dans le fonctionnement en vigueur avant 1973, notre dette publique serait toujours aussi anecdotique qu’elle l’était alors.

Nous voyons votre regard s’allumer d’une flamme nouvelle, encore un peu vacillante, mais claire et prometteuse… « Que Sarkozy ait raconté des fadaises », pensez-vous, « bon, après tout, c’est un politicien – c’est donc un peu son métier. » Et Elie Cohen ? « Eh bien, c’est Elie Cohen.»  Et Jacques Attali… Nous reparlerons de lui.

Non, cher lecteur, notre Dette ne doit rien, ou si peu, à un emballement de dépenses irresponsables qui justifieraient contrition et serrage de ceinture.

Elle doit tout, ou presque, à une décision de pure politique financière prise en 1973, par un président-banquier et son compère ministre des finances.

Mais pourquoi ? Et pour qui ?

A suivre ici : De la Dette (2ème partie) , De la Dette (3ème partie)

Robert Willard

Le 26/11/11

source : La dette publique, une affaire rentable (AJ Holbecq - P Derruder) Ed. Yves Michel

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Published by Robert Willard - dans La Dette
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