Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 18:13

Bien. Parlons un peu de l'Europe.

Etre un vieux con, ou ne pas, voilà ma question. Je déteste cette Europe qui se construit - c'est un fait. Mais pourquoi ?

Pas du fait de la "crise", dont je la tiens pourtant pour grande responsable. Les crises économiques sont inévitables. On peut les amortir plus ou moins, les racourcir plus ou moins, mais pas les éviter. Sauf à vivre en Corée du Nord, bien entendu.

Non, ma raison est ailleurs. Elle est du reste plutôt commune : je n'aime pas l'idée d'avoir mon existence régentée par des lois, règlements, décrets et autres normes édictés par quelque technocrate, anonyme parce que noyé parmi tant de ses confrères, qui Roumain, qui Grec, qui Suédois. Ou Allemand. Ou Bulgare. Ou peut-être même Turc, bientôt, qui sait...

Ou Anglais.

Tous gens très largement étrangers à ma culture et à ma langue.

Bref, très intuitivement, il ne me semble pas raisonnable de fonctionner sur ce mode babylonien - la probabilité de voir se cristaliser d'insurmontables incompatibilités paraissant nettement supérieure à celle d'une fusion harmonieuse dans l'amour et le respect de son prochain.

Je n'en ai pas envie non plus. Chacun chez soi, avec ses bruits, ses odeurs, ses habitudes, ses règles - et pour se rencontrer et se découvrir, le voyage, ou le travail. J'aime cette idée d'un monde de vraie diversité, autant que je déteste la ratatouille culturelle que nous cuisine l'Europe. Celui-là qui ne connaît que la ratatouille, ne saura jamais rien de la tomate.

Alors : vieux con, ou simplement homme de bon sens ? Frilosité xénophobe et passéiste, ou sagesse et lucidité ?

Le doute m'est venu en considérant la façon dont s'est construite la France. Siècle après siècle, le domaine royal a absorbé les contés, duchés et marches limitrophes, jusqu'à atteindre, peu ou prou, la taille de l'hexagone d'aujourd'hui. Chacune de ces régions avaient une identité très forte - langue, monnaie, coutumes. Leur rattachement à la Couronne s'est fait par allégeance de son souverain (souvent à l'occasion d'un mariage), ou suite à une défaite militaire - ou toute autre combinaison militaro-politique. Dans tous les cas, la population n'a jamais été consultée. Et il est douteux qu'elle ait été follement emballée. Très probablement, le Breton moyen n'a pas aimé passer sous domination d'un roi lointain, dont il ne parlait pas la langue ni ne patageait les moeurs. Il a sûrement détesté se voir imposer l'usage du français, une nouvelle monnaie, un nouveau système de poids et mesures - sans parler des impôts et des lois. Certainement, il aurait voté "non" lors d'un référendum sur le sujet.

Et ainsi de tous les "provinciaux" devenus Français.

Et donc :

Il semble que rien ne distingue, dans son principe, la construction de l'Europe que je combats, de celle de la France, dont la légitimité m' a toujours paru aller de soi.

Je suis un vieux con - juste un vieux con qui a peur du changement. Mes petit-enfants, européens épanouis, parlerons de moi comme je parlais du Breton de mon exemple. A moins...

A moins que pas du tout.

A moins qu'il nous en faille revenir à une notion aussi ringarde et obsolète que celle d' espace. A moins qu'il n'existe un seuil critique dans l'espace occupé par une collectivité humaine, au-delà duquel les différences de moeurs entre les régions les plus éloignées finissent par être telles qu'elles étouffent le sentiment d'appartenance à une même communauté. Celle-ci n'est dès lors plus ressentie et vécue, mais purement administrative : c'est -à-dire, d'un point de vue humain, totalement artificielle - et d'une légitimité des plus ténues.

Au delà de ce seuil spatial critique, les risques d'éclatement de l'ensemble, pour reconstruction de communautés plus réduites et donc plus homogènes, seraient permanents et considérables. Nous aurions là un des facteurs explicatifs de la disparition des empires - qui tous, depuis toujours, ont fini par exploser.

Ce seuil spatial serait fonction d'un certain nombre de paramètres, comme la densité de population, la fréquence et l'amplitude des déplacements des individus, le degré de développement des moyens de communication.

Ainsi il semble évident que ce seuil serait plus élevé aujourd'hui, pour une même population, qu'il ne l'était il y a cinq siècles : entendez que l'on peut espérer une plus grande homogénéité sur un plus vaste espace, en raison des moyens de déplacements et de communication supérieurs.

Mais l'homme n'a pas une capacité de déplacement et de communication illimitée. A y bien regarder, on peut même dire que l'espace dans lequel sa "vraie vie" se déroule est assez restreint, et qu'il communique véritablement avec peu de personnes - sans commune mesure, en tous cas, avec l'illusion de connection permanente au monde entier entretenue par la télévision et internet.

Il existerait donc un seuil spatial critique (d'homogénéité d'une communauté) tout simplement parce que l'Homme est lui-même limité dans le temps et dans l'espace.

Et la construction européenne dans laquelle nous sommes engagés devrait être comparée à celle d'un empire : agrégation (plus ou moins forcée) de communautés dans un espace excédant le seuil cririque, donc vouée à l'éclatement.

Dans cette hypothèse, l'espace français serait inférieur, lui, à ce seuil critique - au regard de ce que furent les communautés qui le peuplèrent.

Il s'agit-là d'une piste de réflexion, cher lecteur. Piste non encore carossable, dont j'aimerais que vous m'aidiez à combler, au moins, les nids de poules. Et que j'abandonnerai si l'on sait me montrer qu'elle ne conduit nulle-part.

S'il me faut me résoudre à être un vieux con - j'assumerai. Mais j'aimerais mieux pas.

Robert Willard
le 07/01/12

Partager cet article

Repost 0
Published by Robert Willard - dans Europe
commenter cet article

commentaires